Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /Jan /2010 21:14

Cet article, j’ai bien failli ne pas vous l’écrire… La faute à une panne d’ordinateur, énième tuile de cette fin d'année 2009, début 2010.

 

Tout a commencé à Auckland, le 12 décembre. Alors que je voulais retirer quelques dollars au distributeur le plus proche, ma carte a été avalée par la machine. Le distributeur de la Westpack ne me l’a pas rendu en fait, bipant pour que je la reprenne, mais ne me la rendant pas. Je fonce alors dans l’agence attenante et me plains au commis de service de cet incident. Tout sourire, le poupin chinois qui me reçoit, ceint de sa jolie cravate réglementaire et nanti de son petit badge nominatif, Tommy donc, m’informe que ce n’est pas possible car ma carte vient d’être détruite. So what, ma carte est destroyed ?! Il me tend un formulaire et m’explique que si je suis client de la banque, ils peuvent m’en donner une provisoire, sinon, sorry, carte is destroyed, impossible de faire something. Je lui explique mon cas, qu’il s’agit d’une carte internationale française et que c’est mon voyage qui est détruit et qu’il doit faire en sorte que ma carte me soit restituée right now. Impossible, card is destroyed qu’il me répond. Là, je me fâche tout rouge et lui explique que je vais aller au poste de police le plus proche et porter plainte pour détournement de carte bleue, non-assistance à voyageur en danger et incitation à la haine bancaire. En substance, j’ajoute que je sais parfaitement que ma carte est intacte dans la machine, le sachant pour avoir moi-même travaillé dans une agence bancaire. Que son histoire de carte détruite, c’est du flan, et qu’aucun nain malicieux ne se trouve dans la machine, une paire de ciseaux à la main, prêt à détruire MA carte bleue. Le scandale fait effet, et alors que d’autres clients se pressent dans l’agence suite à la même mésaventure, une responsable fait ouvrir la machine. On me restitue ma carte, non sans que je dusse retourner à ma Guesthouse récupérer mon passeport et décliner mon identité en bonne et due forme.

L’affaire aura pris une demi-heure tout au plus, mais j’ai bien flippé de me retrouver sans carte bleue à 2 jours de mon départ pour Nouméa.

 

Ensuite, il y a eut l’événement cyclonique et la désastreuse prise en charge d’Air Calin, la pseudo compagnie aérienne néo-calédonienne (voir l’article précédent).

 

PC231225Après l’aléa bancaire et l’événement climatico-aérien, c’est mon appareil photo qui a pris l’eau alors que je faisais de la plongée aux Fidji. Je me permets de vous indiquer que mon appareil photo est étanche jusqu’à - 10 mètres et que j’ai plongé des dizaines de fois avec sans connaître le moindre pépin. Las, alors que je venais de réussir les premiers clichés d’un requin de récif, l’appareil me lâche. Ecran noir, puis plus rien.

Je retourne au Yau Kolo, le camping près de Savusavu où j’ai posé ma carcasse et entreprends de sécher mon appareil sans grande conviction. L’eau de mer, ça attaque. Je l’ouvre, le place au soleil, mets la batterie en charge et vais prendre une bière. Une heure plus tard, charge effectuée, l’appareil reprend vie. Là encore, rien de grave, mais assez pour me laisser imaginer que mon appareil photo était grillé et que j’allais devoir faire sans, pour les 3 derniers mois de mon voyage.

 

Et enfin, pour couronner le tout, c’est mon ordinateur qui se met à faire des siennes. Nous sommes le 4 janvier et j’en suis à mon quatrième problème technique en moins d’un mois, ceci alors que je n’ai rien connu de tel jusque là, en 9 mois d’itinérance.

 

PC241236Mon ThinkPad donc, ne démarre plus. Il essaie, allume ses voyants quelques secondes, puis retombe dans les ténèbres électroniques. Je sors le disque dur, le remets. Ça ne marche pas. Les barrettes de mémoire ? Ce n’est pas ça. J’entreprends de démonter la bête avec mon modeste outillage, mais une vis me résiste. La dernière…, c’est toujours la dernière vis qui résiste et empêche le démontage total. Je remets les vis et commence à le secouer un peu, des fois qu’un contact contacte mal et reconnecte sous le choc. Rien. Ordinateur cassé pour ordinateur cassé, je décide de le laisser tomber d’assez haut sur la table. Le choc toujours… et toujours rien. Chocs dessus, chocs dessous, et même chocs sur les côtés, rien n’y fait. Mon ordi est kaput, les données qui vont avec aussi, ainsi que mon billet électronique que l’on risque de me demander à l’embarquement pour les Etats-Unis. Et l’embarquement, c’est demain, et là où je suis, il n’y a évidement pas l’ombre d’une connexion Internet ni d’une imprimante qui va bien pour imprimer le dit billet. Fait chier. Je me vois en train d’arpenter la petite ville de Los Angeles en quête d’un réparateur, je me vois faire en sorte de rapatrier la machine en France pour au moins sauver les données du disque dur, je me vois courir partout dans l’aéroport de Nadi (Fidji) pour trouver Internet et une imprimante, je me vois galérer pour écrire les prochains articles, je me vois… Et tiens, je me vois en train de mettre mon appareil photo au soleil pour lui redonner vie. Et si mon ordinateur souffrait simplement de l’humidité ambiante. Il a beaucoup plu ces derniers temps et l’air est devenu très humide. Mon ordinateur est peut-être tout simplement enrhumé.

P1031298On imagine de ces trucs dans les moments de grands désarrois, que l’on en vient à prendre les objets pour des personnes. Au point où j’en suis de toutes façons, je ne risque rien à essayer. Je place mon ami moribond en plein soleil sur la terrasse, écran déployé et m’en vais fumer une cigarette à l’ombre, en lisant un Cosmo. Un quart d’heure plus tard, le vif soleil fidjien à fait son office et mon ordinateur est brulant. J’appuis sur le bouton « ON », je n’y crois pas, bien entendu. Mais miracle d’entre les miracles, Babel s’ébroue à nouveau (Babel, c’est le nom de l’ordi, les objets ont une âme vous dis-je !). Tout bien, comme si de rien n’était, il reprend ses couleurs habituelles. Il ne me tient même pas rigueur des chocs administrés - pour son bien -  et me présente son écran coloré et la pleine possession de ses fonctions. Je n’en reviens pas. Là encore, l’événement a dû durer à peine deux heures, mais bien assez pour me faire voir les choses en noir.

 

 

Cela fait déjà deux pages que je vous serine avec mes petits soucis techniques et vous devez vous demander pourquoi je ne vous parle pas plutôt des belles plages des Fidji, et de toutes les belles rencontres que j’ai pu faire dans ce pays. C’est que voyez-vous, mes petits objets familiers sont tout ce que j’ai avec moi. Ils me permettent de voyager et me relient au monde, à vous. Ils me permettent d’avancer, la carte bleue surtout, et souscrivent à garder une trace de mon voyage et à le faire partager. A quoi bon avoir la chance de vivre une telle aventure, si ce n’est pour la faire vivre à celles et ceux qui me sont chers.

 

 

Les Fidji n’ont heureusement pas été qu’une série de mésaventures, loin s’en faut.

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PC301264Le pays est très beau, fait d’une myriade d’îles toutes plus enchanteresses les unes que les autres. Vous décrire toutes ces plages de sable blanc bordées de cocotiers prendrait des heures. Vous raconter la richesse de la nature, les milliers de fleurs aux couleurs chatoyantes, des pages. Surtout, les autochtones sont d’une gentillesse infinie et l’on se sent à l’aise où que l’on se trouve dans l’archipel.

 

Même Suva, la capitale, m’est apparue agréable. Peut-être est-ce dû au fait que je devais y retrouver Tara, l’amie perdue que j’avais rencontré au Cambodge il y a de cela près de 10 ans. On s’était perdus de vue peu après l’année 2003, suite à une de ces retrouvailles qui laissent un goût amer dans la bouche. Amer parce que ne correspondant pas aux attentes. Amer parce que célébrant le souvenir des plaisirs à jamais perdus. Quelle tristesse de finir sur une si mauvaise note alors qu’au final, les personnes restent ce qu’elles sont, seul les désirs changent. Quel dommage de s’être perdus de vue alors qu’au-delà de la déconvenue de notre dernière rencontre, Tara restait pour moi comme l’une des personnes les plus estimables de ce début de millénaire. Période romanesque qui me verra enchaîner les pays et les rencontres jusqu’à la saturation. Saturation qui me conduira, après une étape marocaine de trop longue durée, à me réinstaller en France pour tenter d’y construire une vie stable et bien comme il faut. Période qui s’est finie, je crois, à Paris début 2009. Paris où j’ai passé 5 années, longues et laborieuses, à inventer une vie qui de toutes évidences, n’est pas la mienne.

C’est cela qui m’a sauté au visage lorsque j’ai revu Tara.

 

PC231219Je l’avais prévenu de mon passage au Fidji deux semaines à l’avance, sans être sûr qu’elle s’y trouve encore, sans être sûr même, qu’elle se serve toujours de la même adresse email. Une bouteille à la mer en quelque sorte, envoyée par le fantôme d’un lointain passé khmer.

 

Et Tara me répond. Je suis à Nouméa lorsque je lis son email. Tout cela me paraît normal, dans l’ordre des choses de ce voyage. Tout est possible, le tapis volant mène là où l’on veut, toujours. Elle me répond qu’elle est ravie de me revoir, qu’elle a une famille à présent, un jeune garçon et une petite fille de 2 mois, mais qu’elle va trouver le temps pour que l’on se rencontre.

 

Et me voilà au Gloria Jean’s Café, à l’heure du déjeuner, en plein centre de Suva. Elle va arriver. Comment sera-t-elle ? Vais-je même la reconnaître ? Mais comment oublier son beau visage métissé, mélange d’Asie et d’Europe, son corps élancé et son doux sourire…

La voilà qui arrive, photo du passé. Identique dans la forme et l’expression, à la personne que j’avais connu jadis. Son mari la suit. Je le connais pour avoir bu un whisky chez lui, il y a si longtemps. Elle tient son enfant en bandoulière. On s’étreint.

Mon tapis volant est fait de velours.

 

PC261242Nous nous reverrons chaque journée avec Tara, durant les trois jours que je passerai à Suva. Discussions, sérieuses ou désinvoltes sur nos vies et les 6 années passées sans nous donner de nouvelles. A croire que le contact ne s’était jamais rompu entre nous tant ces demi-journées se sont passées avec une fluidité et une proximité d’esprit étonnante.

 

 

Le fait de revoir Tara me rendait heureux à double titre. D’une part, cela lavait comme un affront fait à nous-mêmes de nous être quittés et d’avoir rompu le contact, alors que finalement, nous ne le méritions pas. L’amitié issue des rencontres rares survie à tout, même à l’échec.

L’échec est pareil à la peur. Il est là et nous accompagne durant toute notre vie, surgissant lorsqu’on ne l’attend pas ou s’éloignant contre toute attente. Il n’y a pas de vie sans échec, pas de vie sans peur. Nier l’un ou l’autre reviens à ce nier soit même. Il faut voir les choses en face, les apprécier, jouer avec et en rire pour enfin passer outre. Et passer outre, ce n’est pas tourner la tête et oublier. Passer outre, c’est observer, accepter et connaître, se connaître soi-même et se sentir grandi de toute expérience.

 

Par ailleurs, le fait de revoir Tara m’a fait opérer comme une sorte de boucle, un retour sur moi-même. Les ennuis (autres que techniques…), les regrets m’ont quitté dès lors que je l’ai  revue. J’ai eu la sensation très nette d’échapper aux griffes du souvenir et de redevenir moi-même. Celui que j’étais il a encore quelques années, être romanesque, toujours près à aller de l’avant pour accomplir ses rêves et plus surement, son destin.

 

PC291254Du coup en ce moment, je me demande : « Et si on te proposait un truc bien différent, l’accepterais-tu ? ». Bonne question.

La dernière fois que l’on m’a proposé « un truc bien différent », c’était justement en novembre 2000, lorsque le père de Soul’, qui vivait au Cambodge, m’indiqua qu’il pouvait faire passer ma candidature au patron d’une grosse boite française installée à Phnom Penh. C’était une opportunité sans garantie de succès, mais une opportunité tout de même et que j’ai saisie. Et cela a marché. Et j’ai rencontré Tara.

 

Alors, si on me proposait un truc du même genre, un peu exotique et sans garantie de succès, que devrais-je faire ? Boucler définitivement la boucle ou bien attendre encore un peu… ?

 

 

J’ai quelques mois pour y réfléchir et en parler, notamment avec mon frangin Ludo. Il me rejoint le 8 janvier à Los Angeles. J’ai hâte de le revoir. A nous San Francisco, Las Vegas et le Grand Canyon !

 

 

Je vous souhaite une excellente année 2010.
Par Arnaud Bastid
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