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Changement de décors lors de mon arrivée à Los Angeles. Fini l’hémisphère sud et ses petites iles tropicales, place à la grande ville et aux rigueurs de l’hiver de l’hémisphère
nord. Pas qu’il fasse si froid en Californie, mais le soleil est bas comme en hiver et la lumière rasante change considérablement l’atmosphère par rapport à celle, haute et éclatante, des
Fidji.
Je pense à tout cela en attendant l’arrivée de Ludovic qui me rejoint bientôt en Californie où nous allons passer 3 semaines ensemble. Au programme, le triangle Los Angeles, Las Vegas, San Francisco et les étonnants paysages alentour. Désert Mojave, Grand Canyon et forêt de séquoias géants devraient nous en mettre plein les yeux.
J’ai loué une voiture, une Mazda 3 automatique, et nous partons dès le lendemain de l’arrivée de mon frère en direction du Grand Canyon. Nous serons simplement allés faire un tour sur Hollywood Boulevard histoire de profiter un peu de Los Angeles et de ses kilomètres de rues droites et interminables, pareilles les unes aux autres.
Sortir de la ville, voilà ce que nous devons faire. Trois heures de route pour s’extirper de l’agglomération tentaculaire de Los Angeles. Enfin les contreforts montagneux de San Bernardino. Nous grimpons après avoir fait une halte à Highland. Le paysage change et nous arrivons rapidement à des stations de ski. Il y a de la neige. On est dimanche et les familles se pressent pour faire de la luge ou du ski. Les maisons et la nature rappellent ce que l’on peut trouver au Canada. De petits lacs et des constructions de bois invitent l’esprit à vagabonder dans ces lointaines contrées nordique.
Et
puis soudain, c’est la descente, vertigineuse, vers le désert Mojave. Changement de décors encore, les pins laissant la place aux yuccas et la verdure à la caillasse. Arrivés dans une pleine
aride, tout excités, nous décidons de faire un bout de piste à travers le désert.
Ludovic et Arnaud se transforme en Tic et Tac, les deux écureuils facétieux et un peu crétins de Walt Disney. Un peu crétin il faut l’être pour s’engager sur une piste en plein désert avec une voiture aussi basse que la notre. La piste que nous empruntons, bonne au départ, se transforme bien vite en enfer caillouteux. Mais Tic et Tac, crétins qu’ils sont, ne renoncent pas. Plutôt que de faire demi-tour, ils commencent à déblayer le terrain des plus grosses pierres et continuent leur lente progression à travers le désert. Il fait sec et chaud. Pas d’arbre, seuls quelques buissons rappellent que la vie s’accroche encore un peu dans ces paysages arides, tourmentés et inhospitaliers. On avance, on s’arrête, on déblaie. Je commence à m’inquiéter pour le véhicule, le châssis ou le spolier touchant régulièrement le sol. Une heure que nous roulons et pas âme qui vive dans le secteur. Ludo est aux anges, il affronte le désert pour la première fois. De mon côté, je crains la crevaison, ou au pire, de casser quelque chose sur le train avant. La progression se fait de plus en plus difficile, des oueds asséchés nous barrant régulièrement la voie de leurs profondes ornières.
J’ai l’habitude à présent de rouler sur piste, mais il me faut faire preuve d’une dextérité particulière pour faire passer le véhicule. On s’arrête souvent, pour prendre des photos et souffler un peu, tant les arrêts/remises en état de la piste nous fatiguent. J’ai mal au dos à présent. Tenir le volant et me redresser contre le pare-brise pour voir au mieux le sol qui nous fait face et éviter les plus grosses pierres, est épuisant. Mais on ne s’inquiète pas trop, ce n’est pas le genre de la maison. On avance, il trop tard pour faire demi-tour. On avance depuis 3 heures à présent lorsqu’une montée vertigineuse nous fait face. Je crains le pire et le pire arrive. Caillasse et pente viennent à bout de la motricité de notre pauvre Mazda et on reste bloqué à mi pente, les roues avant qui patinent sans espoir, lacérant les pneus et les nerfs. Marche arrière, il n’y a que ça à faire.
En bas de la montée impossible se trouve une piste de contournement en fort mauvais état et elle aussi pentue. Craignant d’être bloqué à nouveau, j’opte pour le passage en force, avec élan. Respiration, c’est parti. D’énormes rochers nous barrent la route, je reste accéléré, faut que ça passe. Ça patine, ça secoue, les projections de pierres dans les bas de caisse font un bruit effroyable. Je crains vraiment de tout casser sur la voiture. Pourvu que ce soit la dernière montée de ce type sans quoi je ne donne pas cher de l’intégrité de la bagnole. Et de la notre, perdu que nous somme dans le désert Mojave. Le haut de la colline qui contrarie notre progression arrive enfin, c’est passé. Et comble de joie, nous apercevons au loin une petite ville. Au pire, si nous connaissons un ennui mécanique majeur, nous pourrons y aller à pied. Par chance, les parties difficiles de la piste sont à présent en descente et nous progressons régulièrement pour enfin arriver sur la Hightway 40. On souffle un peu et constatons les dégâts. La peinture du spolier à souffert, mais cela semble être le seul dommage visible sur la voiture. Un coup de marqueur noir fera l’affaire pour rendre la caisse au loueur dans un état présentable.
Pour notre première sortie hors piste, on a fait fort. Je crois que de tout le voyage, Australie incluse, c’est la première fois que je me retrouve sur une piste aussi difficile par rapport au véhicule qui l’emprunte. Mais Tic et Tac sont content, ils rigolent de leur bêtise vaguement inconsciente et se félicitent de la prochaine bière qu’ils vont prendre ce soir. Ils se remémoreront les trois graviers et le bout de garrigue qu’ils viennent de traverser (les doigts dans le nez…).
Pourquoi emprunter l’autoroute alors que nous pouvons emprunter à présent la fameuse route 66, qui traverse les Etats-Unis d’Est en Ouest. Elle est en mauvaise état par endroit, ce qui
renforce le côté pittoresque de la ballade. On traverse comme cela des bleds improbables où seule la station service rappelle qu’il y a encore quelques humains qui s’accrochent à la vie par ici.
Il se fait tard et nous faisons un arrêt au premier motel que nous trouvons en entrant dans la ville de Needles.
Comme son nom l’indique, à Needles il n’y a rien et nous poursuivons notre route dès le lendemain matin. On reprend la 66 pour traverser un massif montagneux. C’est vraiment le Far West par ici et les petites villes traversées, toutes faites de bois déteins par le soleil, sont peuplées d’autochtones portant chapeau de cow-boys. Quelques mines d’or, de-ci delà, rappellent que la légende est bien vivante.
Après plusieurs centaines de kilomètres, nous arrivons enfin à Flagstaff, petite ville de montagne où nous allons nous établir pour quelques jours afin d’aller visiter le Grand Canyon, tout proche.
Le Grand Canyon. Le Grand Canyon… si t’y vas pas, tu peux pas comprendre ! Rendez-vous compte, 13 km de large sur 2 km de profondeur et des dizaines de kilomètres de longueur, une roche ocre-rouge, un peu de neige au sol pour accentuer le contraste avec le ciel bleu, c’est tout simplement indescriptible. Tant de hauteur et de profondeur sous les yeux, cela donne le vertige. Et quel cadre pour un piquenique franchouillard à base de foie gras et d’un petit vin du Languedoc. Enorme vous dis-je ! On se sent si petit et si grand à la fois de découvrir un tel spectacle. Vraiment, le Grand Canyon, c’est à voir.
Plus inattendu, la ville de Sedona, à quelque 40 km de Flagstaff, notre base arrière.
Le Grand Canyon, avec Ludo, on s’y entendait un peu, on avait même prévu les mets qui vont bien pour profiter de la grandeur du lieu. Mais Sedona, on ne savait pas, ce n’était pas prévu. On y est allé un peu par hasard parce qu’on a vu une jolie photo sur un poster de la Guesthouse dans laquelle nous nous étions posés. On est ainsi passé d’un paysage de montagne, froid et neigeux à un paysage de désert rouge et grandiose. Et tout ça en a peine une heure de route. Sedona, c’est l’endroit où ont été tournés de nombreux westerns, à la grande époque de John Wayne. Imaginez de grandes collines ocre, taillée dans la roche comme si un designer en avait décidé la forme, afin que celle-ci soit la plus impressionnante possible. Comme si ce décor était pour de vrai un décor de cinéma, posé là tout exprès pour vous agrandir les yeux. Quelques arbres plantés exprès de ci delà, pour faire joli, une petite rivière artificielle, tout y est. C’est si beau et harmonieux que l’on en croirait presque que ce paysage est artificiel. Et de la ville de Sedona, résidentielle si il en est et assurément Upper Class, l’on peut voir ce décor merveilleux. Falaises de dégradé rouge orangé, monticules géants hérissés de cheminées rouges, tout est magnifique. Et si John déboulait tout à coup sur son cheval au détour d’un sentier ?
Trois jours depuis notre départ de Los Angeles, trois jours d’émerveillement et de paysage grandioses.
Avant de partir sur Las Vegas, notre prochaine étape majeure et bien connue, nous optons pour un passage par la Monuments Valley, située à environ 150 miles de Flagstaff.
Là encore, le spectacle est difficilement descriptible. Monument Valley est une plaine désertique où des collines à la forme incroyablement particulières se hérissent pour occuper l’immense espace où rien, absolument rien, ne vient perturber l’ordonnancement de la nature. Ces collines, si l’on peut dire, sont en fait d’immenses cylindres de roche rouge, plats à leur sommet et hérissés de sorte de cheminées fines et graciles. A nouveau, ciel bleu et neige au sol avivent les contrastes et participe à donner le vertige au visiteur. Une sorte d’immensité ordonnée, voilà à quoi l’on pense lorsque on se trouve au milieu de ces extraordinaires formes verticales et comme posées, telles d’énormes chandelles en fin de vie, sur une plaine désolée.
Nous voilà à présent à Page, dans l’Arizona, à quelque kilomètre de la frontière de L’Utah. Page, c’est plutôt tranquille, en hiver en tout cas. En été, les quelques 8000 habitant permanents jouent des coudes avec les touristes qui viennent profiter du lac Powel, tout proche. En hiver donc, ça ne se bouscule pas trop. Pourtant, nous avons rapidement trouvé les coins sympas où jouer au billard en buvant des Budweiser. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les autochtones sont plutôt accueillants. Toujours sympas avec nous, les WASP comme les Navajos, nombreux en leur fief.
A Page, il y a quand même des choses à voir et nous avons souscris à une visite de
l’Antelop Canyon.
Il s’agit d’une veine d’environ 3 km à travers le sable fossilisé et profonde d’environ 20 mètres. Une fois de plus, mais cela devient une habitude, le spectacle est étonnant. Les différentes couches de sables produisent une multitude de couleurs et l’érosion due au vent et à l’eau, des formes arrondies surréalistes. On se croit dans un autre monde, un monde intérieur. Par endroits, le soleil pénètre jusqu’au sol, produisant un faisceau de lumière jaune et éblouissante. De temps en temps, un tronc d’arbre coincé dans la paroi, rappelle que cette veine, asséchée sous nos pieds, peut très rapidement se remplir d’eau en cas de forte pluie. En 1997, un groupe de touriste d’une vingtaine de personne à perdu là vie dans le Canyon suite à une brusque inondation…
Bon voyage à tic et tac !!
Des bisous les cousins !!
(et je le note pour mes futures pérégrinations étasuniennes ;o) )
profites bien du frangin pour faire les conneries et gardes un peu de gout pour la trav du mexique :-)
à bientôt
Dave