Partager l'article ! Sol Corona y tortilla: Dave prend le bus ce dimanche, direction l’aéroport de Cancun et la France. Je ne souhaite pas m’ét ...
Dave prend le bus ce dimanche, direction l’aéroport de Cancun et la France. Je ne souhaite pas m’éterniser à Playa Del Carmen, la très touristique cité balnéaire de la cote caraïbe du Yucatan, au Mexique. Direction Mérida, sur le coté golf du Mexique du Yucatan. Quatre heures de bus, assez pour repenser aux trois semaines que nous venons de passer ensemble à sillonner le pays de Zapata.
Après l’étape nord-américaine, j’ai pris l’avion le 2 février depuis Los Angeles pour me rendre à Mexico City… via Charlotte en Caroline du Nord, sur la cote Est des Etats-Unis. On va
pas s’étendre, mais sachez qu’en avion, la « valeur produit » ne se fait pas seulement sur le nombre de kilomètres parcouru et qu’une foultitude d’autres paramètres inventés par des
marketeux zélés entre en compte. Bref, par Charlotte, c’était trois fois plus long et polluant que direct sur Mexico, mais aussi trois fois moins cher. Merci les marketeux.
Arrivé sur place, je me suis logé au Mundo Joven, auberge de jeunesse située au niveau de la place de la cathédrale, au centre de cette mégalopole de près de 20 millions d’habitants.
J’ai passé la semaine à visiter la ville et ses musées en attendant l’arrivée de David, alias Dave.
La ville est ancienne et riche d’un long passé historique. Toltèques, Aztèques, conquistadors et autres guerriers se la sont âprement disputée au fil des siècles. Le musée d’anthropologie de la ville, remarquable, s’efforce sur 5 km de parcours (!), à travers différentes salles retraçant les époques majeures qui ont forgées l’identité du pays, de nous éclairer sur son histoire et celle de ses habitants.
Je pourrais vous la faire longue, je vais vous la faire courte, à ma façon.
Au commencement, il y avait des hommes vêtus de peaux de bêtes et qui fabriquaient de grosses femmes en argile. Fertilité et nature. Puis, un plus futé que les autres a inventé un tas
de dieux et a décidé qu’il fallait ériger de grandes pyramides pour leur faire plaisir. Le clergé est né, longtemps avant JC qu’avait pas encore eu l’idée. Voilà nos sympathiques indiens devenus
Olmèques. Puis Toltèques, ça dépend où on se trouve sur le territoire, ici c’est grand. Puis les Toltèques deviennent Aztèques. Enfin Aztèques et Mayas aussi, sur la côte caraïbe. Ils devaient
tous plus ou moins se connaître puisqu’ils avaient le même calendrier (qui prévoit la fin du monde pour 2012, ceci dit en passant). Outre le calendrier, ils avaient en commun de pratiquer les
sacrifices humains à grande échelle. Les prêtres, pour honorer différents dieux, dont le soleil, sacrifiaient quelques prisonniers de guerre et autres indiens capturés dans la forêt. Ils
mangeaient en général le cœur des victimes histoire de bien terroriser tout le monde. Y’a pas, pour conserver le pouvoir, rien de tel qu’un peu de terreur teinté de mysticisme. Crois-y Nicole et
écoute le gourou. Si tu es sceptique, on va t’organiser un petit débat sur France 2. Mais je m’égare. Donc, de grandes civilisations un peu guerrières et fan de pyramides carrées et de serpents à
plumes ont été présentes au Mexique jusqu’à l’arrivée des Espagnols. On peut se faire une idée de la grandeur de ses cités-état en allant faire un petit tour sur le site de Teotihuacán, tout
proche de la ville de Mexico.
Las, Cortes se pointe, soulève les indiens de la côte contre les aztèques et plie l’affaire en deux ans. Deux ans seulement pour écraser une des civilisations les plus avancées de son temps. C’est que la religion, qui faisait la richesse et la puissance de l’élite, l’a aussi perdue. Ils ont vu en Cortes un messager des dieux et se sont bien fait avoir par les conquistadors. De plus, à force d’opprimer les indiens non Aztèques, ils ont construit sans le vouloir la future armée de Cortes qui, qu’on se le dise, n’était pas soutenu dans son entreprise de conquête par la couronne espagnole.
Changement de règne, place à l’ère de la Nouvelle-Espagne.
Les Espagnols prennent le bateau et s’installent sur une terre riche où le simple paysan de seconde zone en Espagne, devient ici, ipso facto, un membre de l’élite. Elite qui se révoltera quelques années plus tard pour obtenir l’indépendance, lasse de devoir en rapporter à la couronne. Bref, on se bat.
Indépendance. Les Amerlocs attaquent, par le Nord. On se rebat. Les Ricains gagnent et s’octroient la moitié du pays, soit la Californie, le Texas, le Nouveau Mexique, le Nevada et plein d’autres bons coins.
On boit à la défaite, faute de mieux.
On s’emmerde au Mexique et quelques fêtards ont la bonne idée de faire la révolution. On se rebat encore, viva Zapata.
Puis on se calme un peu pour passer par différents Etats plus ou moins totalitaires et l’on arrive enfin à l’an 1 de la visite d’Arnaud Bastid. Cette année là, il ne s’est rien passé et personne n’en parle au musée.
Voilà pour l’histoire du Mexique.
Dave arrive. On part sur Oaxaca (prononcez Ohaca). La ville est ancienne et regorge d’églises colorées et de belles places recouvertes de marbre. On a trouvé une cambuse sympa et pas
chère. Globalement, le Mexique, ça va, ce n’est pas trop cher, surtout la Corona (1,5 € la bouteille).
On rencontre sur place les sympathiques Eve, Lisbeth et Carolina, deux belges et une brésilienne qui voyagent ensemble.
De fil en aiguille, on sympathise et Carolina embarque avec nous dans un minibus direction Puerto Escondido, sur la côte pacifique.
Carolina, grand brésilienne de 23 ans, toute en rondeur, regard sombre et cheveux noir, va ainsi passer quelques jours avec nous, sûrement les plus agréables du séjour mexicain.
Puerto Escondido regorge de tout ce qui fait le bonheur du voyageur. Un climat tropical pas trop humide, de belles plages et du poisson à volonté. Petit resto, farniente au soleil ou dans l’eau, sieste, la belle vie du voyageur.
Dave attend la vague sur sa planche de surf et nous profitons souvent de son absence pour aller parler culture dans la langue commune des voyageurs. De bien agréables moments, doux et insouciants, plein de plaisir et de légèreté.
Lisbeth et Eve nous rejoignent quelques jours plus tard dans la petite cité balnéaire. De surf, il est toujours question et faute de vagues ce jour là, nous nous lançons tel des gamins, dans un de ces jeux qui consiste à grimper sur la planche jusqu’à la faire couler. On joue, on s’amuse jusqu’au moment où Dave et Caro, de belle taille tous les deux, agissent sans le vouloir de sorte que la planche de surf, chargée d’un côté et non de l’autre, s’enfonce d’un coup pour rejaillir avec élan par l’autre côté, désarçonnant ses cavaliers. Elan prodigieux de la planche qui non content de me frôler la tête, atterrira lourdement dans la mâchoire de Lisbeth. Bilan, une molaire arrachée, racine comprise et une incisive inférieure cassée en deux. Fin de partie, plus personne ne rigole. Retour à la berge, objectif dentiste. Dave accompagnera Eve et Lisbeth tandis que je resterai à l’Hostel avec Carolina, qui prend le bus en début de soirée. Ambiance plombée, Puerto Escondido gâché. Ce n’est de la faute à personne, mais on se sent un peu con dans ces moments là. Et Caro qui s’en va. Triste fin de journée.
Carolina dans le bus, je rentre à pied, lentement, jusqu’à la Guesthouse. Les amis s’y trouvent déjà, ils ont trouvé un dentiste. Rien de grave, les dents se remplacent, la mâchoire n’a rien, et le visage de Lisbeth n’a pas souffert. Presque une fin heureuse, mais j’ai la tête ailleurs, dans un bus qui file dans la nuit et ne reviendra jamais.
On passe une journée de plus à Puerto Escondido avant de se séparer de nos amies belges et de nous rendre à San Cristobal de la Calle, dans les montagnes du Chiapas.
La ville est plutôt jolie, avec ses rues basses bien ordonnées et très colorées. Cependant, je ne suis pas convaincu tant les nuits sont froides et humides. On vient en effet de passer d’un climat tropical agréable en bord de mer à une ville de montagne située à plus de 2000 mètres d’altitude. Et moi, la montagne, ce n’est pas mon truc. Montagne ou pas, on loue des vélos pour aller voir une grotte à environ 10 km de la ville. Quelle drôle d’idée. Les 10 km sont en fait une côte à 45 % sur 10 km ! Jamais je crois, je n’aurai parcouru en vélo route si laborieuse ; et parsemée de travaux avec ça. De quoi cracher ses poumons et toute la nicotine et le goudron qui vont avec. Heureusement, le site et la grotte elle-même étaient assez jolis, on n’est pas venu pour rien. Et au moins, le retour est en descente.
Deux jours ici, ça suffit, on part en fin de matinée pour Palenque, à 5 heures de route de là.
Palenque cela ne vous dit peut-être rien, mais il s’agit de l’un des sites les plus remarquables de l’architecture Maya. Le site se trouve dans une jungle épaisse et moite et le mieux est de loger non en ville, mais directement à proximité des ruines. Il y a sur place une sorte de zone hôtelière rustique qui fait la joie des apprentis aventuriers, toute logée qu’elle est dans la forêt. Le site donc est très beau. Les pyramides nombreuses sont fort bien conservées et de grandes taille. Je vous laisse apprécier cela sur les photos attenantes. Il y a aussi une rivière pas loin et on se sera baignés.
Le temps passe et nous décidons avec Dave, remarquable compagnon de voyage, de prendre un bus de nuit pour gagner la ville de Tulum.
Changement d’ambiance encore et retour au niveau de la mer, sur la côte caraïbe cette fois.
Tulum, c’est moche. Une petite ville sans charme construite le long de la route côtière. La plage n’est pas loin mais il faut tout de même s’y rendre en taxi. On passe une nuit sur place, sans conviction. Le soir, dans un bar, on rencontre Cecilia, Marion et Benjamin, trois français dont nous avons croisé plusieurs fois la route depuis Oaxaca. Ils nous conseillent un endroit sympa sur la plage où l’on peut loger dans des paillotes. On s’y rend le lendemain. En fait de paillote, il s’agit d’un lodge dont le slogan est « Eco Chic ». Rustico chéro plutôt ! Le cadre est sympa, mais cela fait cher les chiottes ouverts aux quatre vents et la douche à l’eau froide. Mais on a vue sur la plage de sable blanc et les cocotiers se reflétant sur le bleu turquoise des eaux chaudes de la mer caraïbe. Vision de carte postale. Il y a en outre pas loin les ruines d’une cité portuaire maya, remarquable car donnant sur la mer azur, faisant ressortir les contrastes entre la pierre dorée et les eaux bleues de la mer.
Le périple mexicain se terminera deux jours plus tard dans la très animée Playa Del Carmen, refuge à touristes et couples en voyage de noce. On est au Mexique mais l’on pourrait être dans n’importe quelle autre ville touristique tant toute l’activité est dédiée à cette industrie. On ne fera pas grand-chose à part profiter des bars de nuit et de l’animation qui va avec.
Les voyageurs sont fatigués. Trois semaines de parcours, des dizaines d’heures de bus, des paysages variés, alternant montagnes arides, zone tropicale et plage accueillantes, nous aurons enchantés mais aussi parfois, épuisés.
Allez au Mexique, vous ne le regretterez pas. Les bus fonctionnent à merveille, le coût est raisonnable et il y en a pour tous les goûts. Culture, farniente, exploration, vous ne rentrerez pas déçu.
Le mien de retour est pour bientôt. Plus que deux semaines, deux petites semaines avant la fin du voyage. Pas la fin du Mexique, ou d’une autre étape, non, la fin du voyage, de mon voyage. J’ai hâte et en même temps je me dis qu’il ne sera que temps d’y penser au moment fatidique. J’ai hâte, car les miens me manquent, ma famille, mes amis. J’ai hâte car j’en ai assez de vivre avec mon sac à dos pour seule maison, de porter toujours les mêmes vêtements, les même chaussettes. J’ai envie du confort simple que l’on a chez soi, là où l’on sait où sont les choses. J’ai envie de petits plaisirs tel celui de se faire à manger dans sa propre cuisine, ou bien de pouvoir sortir à poil de la salle de bain. Plaisir simple, petite routine.
Deux semaines, ce n’est rien et il serait dommage de les gâcher pour autant. Des voyages comme celui là, je ne suis pas près d’en refaire, pas aussi longtemps en tout cas. Alors vive Cuba, ma prochaine étape ! Mon pote Guilhem m’y attend, lui qui vit là-bas.
Dernière étape, dernière insouciance, avant de ranger mon tapis volant… pour longtemps ?