Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /Mars /2010 18:05

P3081781Il règne aujourd’hui sur la Havane un temps que mon père qualifierait de mi-figue mi-raisin. L’air est lourd, gris, humide et la température est élevée. De temps en temps, un soleil brûlant fait une brève apparition. Surtout un vent d’ouest, qui doit avoir un nom mais que j’ignore, fait penser au Mistral. De violentes rafales, vous forçant à vous incliner pour ne pas perdre l’équilibre, succèdent à des phases de calme plat. Les feuilles mortes, telles des actrices de ballet, rythment ces secousses de leur envol puis retombent brusquement à leur inanition. Temps merdique donc, que j’observe depuis le 21ème étage d’une tour de Vedaddo, là où mon ami Guilhem réside et m’offre le gîte de cette étape cubaine.

 

Courte étape, de 8 jours, la plus courte de ce voyage d’un an qui s’achève. Pas assez pour découvrir Cuba mais suffisant pour en cerner les charmes, dont ceux, étonnants, de la Havane.

 

La ville est grande, environ 2 millions d’habitant et se trouve en bord de mer. Les îles Keys de l’ennemi honni lui font face à moins de 100 km de là, dans le golfe du Mexique.

 

Ce qui surprend le plus lorsqu’on arrive ici c’est ce mélange d’animation permanente, avec souvent des groupes qui improvisent des danses dans la rue, et l’apparente immobilité de la ville. Les bâtiments sont vieux et décrépis tandis que les voitures américaines des années 50 croisent doucement le long des rues. Ces vielles, très vielles bagnoles rafistolées de toutes parts participent grandement au charme suranné qui se dégage de la Havane. En fait ici peu de choses ont changé depuis les années 50 et la prise de pouvoir de Fidel Castro. On a beaucoup écrit sur la révolution cubaine, je ne vais donc pas m’étendre.

 

P3081779Cependant, je vous ai trouvé un petit texte que Françoise Sagan a écrit pour l’Express à ce sujet en 1960 : « L’histoire est la suivante : Cuba voit une révolution tous les six ans. Il y a douze ans, à peu près, Batista, fils de paysan, communiste, prend le pouvoir par un coup de force et installe une sorte de dictature militaire. Au bout de deux ans, il est parfaitement corrompu. Cuba devient le fief du pot-de-vin, du luxe, de la misère et du sang. On va de torture en torture dans les prisons, tandis qu’on va de casino en casino dans la ville. C’est, si l’on me passe cette expression, la parfaite image d’Epinal du révolutionnaire : les Cadillac silencieuses, les hurlements des paysans, le bruit des roulettes la nuit et des détonations à l’aube. Les gens vivent dans la faim et la peur. Et la fameuse gaieté cubaine, célèbre dans toute l’Amérique du Nord (Cuba est considéré comme l’Italie en Europe), disparaît.

Arrive Castro, fils d’une famille aristocratique espagnole, étudiant en droit. Castro est idéaliste. Il se soulève, il est emprisonné, relâché, il prend le maquis, mène une vie de traqué pendant six ans et finalement prend le pouvoir. À Cuba, les gens l’adorent. Et c’est bien compréhensible. »

 

P3081780La révolution cubaine donc, semble avoir été amplement méritée, n’en déplaise aux américains qui soutenaient le régime de Batista. Le petit souci, au-delà de celui des libertés d’expression et de l’absence de démocratie sur l’ile, est qu’il ne s’est pas passé grand-chose en cinquante ans. Pour avoir connu la Tchécoslovaquie quelques mois après la chute du mur, je peux vous dire que l’on ressent à Cuba aujourd’hui ce que j’ai pu ressentir là-bas il y a 20 ans : la sensation de se retrouver dans un musée en plein air, énorme, dont les habitants eux-mêmes seraient les principaux acteurs de cet opéra antique et décati.

Le tableau n’est pas que sombre, l’analphabétisme par exemple qui touchait 40 % de la population sous Batista est aujourd’hui proche de zéro. L’éducation et la santé sont les grands succès du régime castriste. Pour le reste… L’économie est atone, tournée essentiellement vers le tourisme de masse. Tout est organisé par l’Etat et les bus Transtour vous trimballent d’une destination à une autre, tel des moutons. On peut voyager seul, je l’ai fait pendant 3 jours en me rendant à Vinales, mais c’est compliqué. Il a peu de bus et l’hébergement, hormis dans de couteux hôtels de luxe, se fait chez l’habitant. Mais attention, pas le gîte à la bonne franquette, non, tout est régenté par l’Etat qui oblige les hôtes à tenir un registre précis où l’on aura soin de recopier l’intégralité de votre passeport. De plus, même ce mode d’hébergement coûte cher, entre 15 et 20 € la nuit, pour un résultat des plus rustiques. Je ne vous parlerai même pas de la nourriture, de qualité moyenne et assez onéreuse vu ce que l’on a dans l’assiette.

 

P3061763Le tout administratif à un revers flagrant, la double économie qui permet aux cubains de faire rentrer quelques devises.

Reine de ce commerce à double vitesse, la prostitution est très présente sur l’île. Il y a en effet peu de soirées où professionnelles et occasionnelles ne vous offrent pas leurs services pour la nuit… ou plus, le must étant de se marier avec un étranger. Double avantage, le pognon et la liberté de pouvoir sortir du pays. Rassurez-vous mesdames, les Cubains sont tout aussi charmants que les cubaines et vous n’aurez aucun mal à trouver un gigolo pour vous faire danser, et plus si affinité !

 

Cuba est bien une autre planète, pleine d’antagonismes, comme la chaleur, à la fois feinte et bien réelle de ses habitants.

 

 

Je pense à cela dans le TGV qui file à 300 à l’heure et qui me conduit de Lyon, où je viens d’atterrir, à Nîmes où je me rends maintenant. Je regarde par la fenêtre du train, pensif.

Les herbes se font blondes à présent dans les champs alentour. Nous venons de passer Valence, ville après laquelle sur la route du Sud, le temps se fait toujours meilleur. Trajet des dizaines de fois accomplie entre Paris et chez moi et qui une fois encore me surprend par sa rapidité. Que l’on est loin des trajets en bus, ou en train, qui au Laos ou ailleurs prenaient des heures pour peu de kilomètres. Les vignes à présent, bientôt la garrigue et les villages empierrés apparaitront à la fenêtre. L’atmosphère se fait plus claire, il souffle un vent du nord. Peut-être n’est-il pas encore assez fort pour qu’on l’appelle Mistral, mais il l’est assez pour purifier le ciel des nuages. Le mont Ventoux, blanc à son sommet, rappelle que l’hiver n’est pas loin et que mars est encore frais, même ici, dans le Midi. La garrigue encore, le train ralentit. On distingue des chênes verts et l’on devine les senteurs encore légères en cette saison, de thym et de romarin. Premières maisons, village de banlieue ? Non, c’est un Remoulins furtif, le train ayant repris sa course folle. La garrigue est revenue, des chemins de pierres blanches la parcourent. Demain, je viendrai faire un tour dans cette nature sèche et odorante que j’aime tant. On file toujours, le canal Philippe Lamour irrigue la caillasse, le Rhône est déjà loin. Nîmes se fait plus proche. Mon père m’y attend et bientôt mon village. Mais pas encore. Ici, on passe sous l’autoroute du soleil. Pas encore. Les premières maisons de la ville. Banlieue nîmoise. Pas encore. Le train maintenant a retrouvé l’allure commune des trains du monde. Gare de triage, fret, voyage. Ralentir, descendre. Pas encore. Pavillon du Chemin bas d’Avignon, barre d’immeuble. Appel du haut parleur : « Nîmes, ici Nîmes ! ».

Descendre, redescendre. Maintenant.

 

Fin du voyage.
Par Arnaud Bastid
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /Mars /2010 19:40

 

Dave prend le bus ce dimanche, direction l’aéroport de Cancun et la France. Je ne souhaite pas m’éterniser à Playa Del Carmen, la très touristique cité balnéaire de la cote caraïbe du Yucatan, au Mexique. Direction Mérida, sur le coté golf du Mexique du Yucatan. Quatre heures de bus, assez pour repenser aux trois semaines que nous venons de passer ensemble à sillonner le pays de Zapata.

 

P2021671Après l’étape nord-américaine, j’ai pris l’avion le 2 février depuis Los Angeles pour me rendre à Mexico City… via Charlotte en Caroline du Nord, sur la cote Est des Etats-Unis. On va pas s’étendre, mais sachez qu’en avion, la « valeur produit » ne se fait pas seulement sur le nombre de kilomètres parcouru et qu’une foultitude d’autres paramètres inventés par des marketeux zélés entre en compte. Bref, par Charlotte, c’était trois fois plus long et polluant que direct sur Mexico, mais aussi trois fois moins cher. Merci les marketeux.

 

P2071673Arrivé sur place, je me suis logé au Mundo Joven, auberge de jeunesse située au niveau de la place de la cathédrale, au centre de cette mégalopole de près de 20 millions d’habitants. J’ai passé la semaine à visiter la ville et ses musées en attendant l’arrivée de David, alias Dave.

 

La ville est ancienne et riche d’un long passé historique. Toltèques, Aztèques, conquistadors et autres guerriers se la sont âprement disputée au fil des siècles. Le musée d’anthropologie de la ville, remarquable, s’efforce sur 5 km de parcours (!), à travers différentes salles retraçant les époques majeures qui ont forgées l’identité du pays, de nous éclairer sur son histoire et celle de ses habitants.

Je pourrais vous la faire longue, je vais vous la faire courte, à ma façon.

 

P2101683Au commencement, il y avait des hommes vêtus de peaux de bêtes et qui fabriquaient de grosses femmes en argile. Fertilité et nature. Puis, un plus futé que les autres a inventé un tas de dieux et a décidé qu’il fallait ériger de grandes pyramides pour leur faire plaisir. Le clergé est né, longtemps avant JC qu’avait pas encore eu l’idée. Voilà nos sympathiques indiens devenus Olmèques. Puis Toltèques, ça dépend où on se trouve sur le territoire, ici c’est grand. Puis les Toltèques deviennent Aztèques. Enfin Aztèques et Mayas aussi, sur la côte caraïbe. Ils devaient tous plus ou moins se connaître puisqu’ils avaient le même calendrier (qui prévoit la fin du monde pour 2012, ceci dit en passant). Outre le calendrier, ils avaient en commun de pratiquer les sacrifices humains à grande échelle. Les prêtres, pour honorer différents dieux, dont le soleil, sacrifiaient quelques prisonniers de guerre et autres indiens capturés dans la forêt. Ils mangeaient en général le cœur des victimes histoire de bien terroriser tout le monde. Y’a pas, pour conserver le pouvoir, rien de tel qu’un peu de terreur teinté de mysticisme. Crois-y Nicole et écoute le gourou. Si tu es sceptique, on va t’organiser un petit débat sur France 2. Mais je m’égare. Donc, de grandes civilisations un peu guerrières et fan de pyramides carrées et de serpents à plumes ont été présentes au Mexique jusqu’à l’arrivée des Espagnols. On peut se faire une idée de la grandeur de ses cités-état en allant faire un petit tour sur le site de Teotihuacán, tout proche de la ville de Mexico.

P2121686 

Las, Cortes se pointe, soulève les indiens de la côte contre les aztèques et plie l’affaire en deux ans. Deux ans seulement pour écraser une des civilisations les plus avancées de son temps. C’est que la religion, qui faisait la richesse et la puissance de l’élite, l’a aussi perdue. Ils ont vu en Cortes un messager des dieux et se sont bien fait avoir par les conquistadors. De plus, à force d’opprimer les indiens non Aztèques, ils ont construit sans le vouloir la future armée de Cortes qui, qu’on se le dise, n’était pas soutenu dans son entreprise de conquête par la couronne espagnole.

Changement de règne, place à l’ère de la Nouvelle-Espagne.

 

Les Espagnols prennent le bateau et s’installent sur une terre riche où le simple paysan de seconde zone en Espagne, devient ici, ipso facto, un membre de l’élite. Elite qui se révoltera quelques années plus tard pour obtenir l’indépendance, lasse de devoir en rapporter à la couronne. Bref, on se bat.

 

Indépendance. Les Amerlocs attaquent, par le Nord. On se rebat. Les Ricains gagnent et s’octroient la moitié du pays, soit la Californie, le Texas, le Nouveau Mexique, le Nevada et plein d’autres bons coins.

On boit à la défaite, faute de mieux.

 

On s’emmerde au Mexique et quelques fêtards ont la bonne idée de faire la révolution. On se rebat encore, viva Zapata.

 

Puis on se calme un peu pour passer par différents Etats plus ou moins totalitaires et l’on arrive enfin à l’an 1 de la visite d’Arnaud Bastid. Cette année là, il ne s’est rien passé et personne n’en parle au musée.

Voilà pour l’histoire du Mexique.

 

P2151695Dave arrive. On part sur Oaxaca (prononcez Ohaca). La ville est ancienne et regorge d’églises colorées et de belles places recouvertes de marbre. On a trouvé une cambuse sympa et pas chère. Globalement, le Mexique, ça va, ce n’est pas trop cher, surtout la Corona (1,5 € la bouteille).

On rencontre sur place les sympathiques Eve, Lisbeth et Carolina, deux belges et une brésilienne qui voyagent ensemble.

De fil en aiguille, on sympathise et Carolina embarque avec nous dans un minibus direction Puerto Escondido, sur la côte pacifique.

Carolina, grand brésilienne de 23 ans, toute en rondeur, regard sombre et cheveux noir, va ainsi passer quelques jours avec nous, sûrement les plus agréables du séjour mexicain.

 

Puerto Escondido regorge de tout ce qui fait le bonheur du voyageur. Un climat tropical pas trop humide, de belles plages et du poisson à volonté. Petit resto, farniente au soleil ou dans l’eau, sieste, la belle vie du voyageur.

Dave attend la vague sur sa planche de surf et nous profitons souvent de son absence pour aller parler culture dans la langue commune des voyageurs. De bien agréables moments, doux et insouciants, plein de plaisir et de légèreté.

Lisbeth et Eve nous rejoignent quelques jours plus tard dans la petite cité balnéaire. De surf, il est toujours question et faute de vagues ce jour là, nous nous lançons tel des gamins, dans un de ces jeux qui consiste à grimper sur la planche jusqu’à la faire couler. On joue, on s’amuse jusqu’au moment où Dave et Caro, de belle taille tous les deux, agissent sans le vouloir de sorte que la planche de surf, chargée d’un côté et non de l’autre, s’enfonce d’un coup pour rejaillir avec élan par l’autre côté, désarçonnant ses cavaliers. Elan prodigieux de la planche qui non content de me frôler la tête, atterrira lourdement dans la mâchoire de Lisbeth. Bilan, une molaire arrachée, racine comprise et une incisive inférieure cassée en deux. Fin de partie, plus personne ne rigole. Retour à la berge, objectif dentiste. Dave accompagnera Eve et Lisbeth tandis que je resterai à l’Hostel avec Carolina, qui prend le bus en début de soirée. Ambiance plombée, Puerto Escondido gâché. Ce n’est de la faute à personne, mais on se sent un peu con dans ces moments là. Et Caro qui s’en va. Triste fin de journée.

Carolina dans le bus, je rentre à pied, lentement, jusqu’à la Guesthouse. Les amis s’y trouvent déjà, ils ont trouvé un dentiste. Rien de grave, les dents se remplacent, la mâchoire n’a rien, et le visage de Lisbeth n’a pas souffert. Presque une fin heureuse, mais j’ai la tête ailleurs, dans un bus qui file dans la nuit et ne reviendra jamais.

 

P2211708On passe une journée de plus à Puerto Escondido avant de se séparer de nos amies belges et de nous rendre à San Cristobal de la Calle, dans les montagnes du Chiapas.

La ville est plutôt jolie, avec ses rues basses bien ordonnées et très colorées. Cependant, je ne suis pas convaincu tant les nuits sont froides et humides. On vient en effet de passer d’un climat tropical agréable en bord de mer à une ville de montagne située à plus de 2000 mètres d’altitude. Et moi, la montagne, ce n’est pas mon truc. Montagne ou pas, on loue des vélos pour aller voir une grotte à environ 10 km de la ville. Quelle drôle d’idée. Les 10 km sont en fait une côte à 45 % sur 10 km ! Jamais je crois, je n’aurai parcouru en vélo route si laborieuse ; et parsemée de travaux avec ça. De quoi cracher ses poumons et toute la nicotine et le goudron qui vont avec. Heureusement, le site et la grotte elle-même étaient assez jolis, on n’est pas venu pour rien. Et au moins, le retour est en descente.

 

Deux jours ici, ça suffit, on part en fin de matinée pour Palenque, à 5 heures de route de là.

 

Palenque cela ne vous dit peut-être rien, mais il s’agit de l’un des sites les plus remarquables de l’architecture Maya. Le site se trouve dans une jungle épaisse et moite et le mieux est de loger non en ville, mais directement à proximité des ruines. Il y a sur place une sorte de zone hôtelière rustique qui fait la joie des apprentis aventuriers, toute logée qu’elle est dans la forêt. Le site donc est très beau. Les pyramides nombreuses sont fort bien conservées et de grandes taille. Je vous laisse apprécier cela sur les photos attenantes. Il y a aussi une rivière pas loin et on se sera baignés.

P2231714 

Le temps passe et nous décidons avec Dave, remarquable compagnon de voyage, de prendre un bus de nuit pour gagner la ville de Tulum.

 

P2251747Changement d’ambiance encore et retour au niveau de la mer, sur la côte caraïbe cette fois.

Tulum, c’est moche. Une petite ville sans charme construite le long de la route côtière. La plage n’est pas loin mais il faut tout de même s’y rendre en taxi. On passe une nuit sur place, sans conviction. Le soir, dans un bar, on rencontre Cecilia, Marion et Benjamin, trois français dont nous avons croisé plusieurs fois la route depuis Oaxaca. Ils nous conseillent un endroit sympa sur la plage où l’on peut loger dans des paillotes. On s’y rend le lendemain. En fait de paillote, il s’agit d’un lodge dont le slogan est « Eco Chic ». Rustico chéro plutôt ! Le cadre est sympa, mais cela fait cher les chiottes ouverts aux quatre vents et la douche à l’eau froide. Mais on a vue sur la plage de sable blanc et les cocotiers se reflétant sur le bleu turquoise des eaux chaudes de la mer caraïbe. Vision de carte postale. Il y a en outre pas loin les ruines d’une cité portuaire maya, remarquable car donnant sur la mer azur, faisant ressortir les contrastes entre la pierre dorée et les eaux bleues de la mer.

P2261749

Le périple mexicain se terminera deux jours plus tard dans la très animée Playa Del Carmen, refuge à touristes et couples en voyage de noce. On est au Mexique mais l’on pourrait être dans n’importe quelle autre ville touristique tant toute l’activité est dédiée à cette industrie. On ne fera pas grand-chose à part profiter des bars de nuit et de l’animation qui va avec.

Les voyageurs sont fatigués. Trois semaines de parcours, des dizaines d’heures de bus, des paysages variés, alternant montagnes arides, zone tropicale et plage accueillantes, nous aurons enchantés mais aussi parfois, épuisés.

 

Allez au Mexique, vous ne le regretterez pas. Les bus fonctionnent à merveille, le coût est raisonnable et il y en a pour tous les goûts. Culture, farniente, exploration, vous ne rentrerez pas déçu.

P2261751 

Le mien de retour est pour bientôt. Plus que deux semaines, deux petites semaines avant la fin du voyage. Pas la fin du Mexique, ou d’une autre étape, non, la fin du voyage, de mon voyage. J’ai hâte et en même temps je me dis qu’il ne sera que temps d’y penser au moment fatidique. J’ai hâte, car les miens me manquent, ma famille, mes amis. J’ai hâte car j’en ai assez de vivre avec mon sac à dos pour seule maison, de porter toujours les mêmes vêtements, les même chaussettes. J’ai envie du confort simple que l’on a chez soi, là où l’on sait où sont les choses. J’ai envie de petits plaisirs tel celui de se faire à manger dans sa propre cuisine, ou bien de pouvoir sortir à poil de la salle de bain. Plaisir simple, petite routine.

 

Deux semaines, ce n’est rien et il serait dommage de les gâcher pour autant. Des voyages comme celui là, je ne suis pas près d’en refaire, pas aussi longtemps en tout cas. Alors vive Cuba, ma prochaine étape ! Mon pote Guilhem m’y attend, lui qui vit là-bas.

 

Dernière étape, dernière insouciance, avant de ranger mon tapis volant… pour longtemps ?

Par Arnaud Bastid
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /Fév /2010 04:40

Après avoir passé quelques jours à Page Arizona, plus que prévu d’ailleurs, nous sommes partis pour Las Vegas. Plus que prévu car Bob, le tenancier de la Guesthouse/appartement qui nous accueillait, nous a refait l’avant de la voiture avec son camping-car. Mais pépé Bob a été super Fair Play et non content de nous payer la réparation de la caisse, nous a aussi hébergé à ses frais pour 5 jours dans sa propriété. Sans cela, nous n’aurions pas découvert Antelop Canyon et les deux bars de la ville. Merci Bob !

 

P1211551Nous voilà enfin partis avec une voiture refaite à neuf. On a du chemin à faire et un trajet de plusieurs centaines de miles nous attend depuis l’Arizona vers le Nevada en passant par l’Utah. Et quel trajet. Les montagnes enneigées vont se succéder jusqu’à une descente au dessous du niveau de la mer dans la vallée de la mort. Cette plaine désolée s’établie en effet par endroit à près de 100 mètres au dessous du niveau de la mer. On ne s’en rend pas compte, mais de s’imaginer au même endroit quelques millions d’années auparavant fait froid dans le dos. Mouillés nous aurions été !

 

USA 0007Roule ma poule, traverse du désert, et du désert encore pour enfin arriver à la mythique Las Vegas.

 

P1221565On choisi de faire étape au Circus Circus, casino-hôtel vieillissant mais abordable. A 40$ la chambre double, c’est en effet plus que donné pour un hôtel. Et vieillot peut-être, mais surtout en comparaison avec la démesure des casino-hôtels plus récents.


P1211552Tour d’horizon et synthèse de 3 jours passé à faire du tourisme « casinotelier ».

Avec Ludo, on a établie un classement en deux catégories. La catégorie des établissements « chic et de bon gout » et la catégorie « à thème ».

Il faut se rendre sur place pour comprendre. P1211553Les casinos rivalisent de luxe dans la décoration pour attirer le joueur et les mises, d’où ils tirent de substantiels bénéfices. Ainsi, rien n’est trop beau et cher pour attirer le chaland. Le Belagio, par exemple, dans la catégorie « chic et de bon gout », déploie une décoration d’un luxe extraordinaire. Tout n’est que marbre et tapisserie épaisse à l’intérieur. L’extérieur est à l’avenant avec une énormissime bassin entouré de colonnades, bassin d’où tous les quarts d’heure est donné un spectacle de jet d’eau surpuissants, qui ondulent au rythme d’une musique langoureuse (genre la musique du Titanic, le film). P1221569Dans la catégorie « à thème », c’est le Venizia qui nous a le plus impressionné. Toute Venise y est reproduite. Ses canaux, son architecture. Et plus fort encore, cela est construit en intérieur dans un bâtiment gigantesque et si bien éclairé que l’on se croirait en plein jour ! L’extérieur reproduit la place St Marco et la tour emblématique de la place est bien sûr présente. D’autre casino-hôtels, comme le Paris ou le New York reproduisent ces deux villes éponymes. Mini tour Effel de belle taille, statue de la Liberté, tout concours pour que l’on s’y croit et l’on peut sans mal, selon l’angle de prise des photos, laisser à penser que l’on était vraiment dans l’une de ces villes. Je ne vais pas vous décrire tous les casinos, mais avec Lulu on s’est amusé à un petit classement. Si vous allez ou êtes allés à Vegas, nous confronterons nos points de vue :

 

Chic et de bon goût

A thème

Arnaud

Ludovic

Arnaud

Ludovic

1) Belagio – Chic et de bon goût

1) Mandalay Bay

1)Venizia – Parait si vrai que l’on s’attend à trouver les pigeons à l’intérieur

1) Venizia

2) Mandaly Bay – Du chic et de bon goût à la sauce d’aujourd’hui

2) Belagio

2) Ceasar Palace – Romano clinquant

2) Ceasar Palace

3) Wynn – Nouveau riche m’as-tu vu

3) Wynn

3) Paris / New York – Un véritable décor

3) Paris / New York

 

P1221573On a joué aussi. Les machines à sous pour Ludo, la roulette pour moi… et un peu de machines à sous aussi ! Tout est fait pour exciter le joueur. Des lumières de partout, des bruits artificiel qui rendent accro aux machines, de l’alcool à gogo et offert pour les joueurs assis aux tables de jeu. Vas-y, joues, gagnes, perds, remises, rejoues, regagnes, allez, tu vas te refaire, allez, encore quelques dollars, mises, mises ! C’est totalement grisant, pour moi en tout cas, le frangin étant moins joueur. Résultat des courses, on aura tout de même été assez chanceux pour ne rien perdre, les gains essuyant les pertes et la mise de départ.

Trois jours à Vegas ne nous ont donc pas couté si cher que ça et vu le niveau de prestation et de la féérie de carton pate de la ville, ses lumières, son luxe feint et pourtant bien réel, on a trouvé que cela valait vraiment le coût. Mais attention joueur qui s’ignore, pas plus de trois jours, sinon tu perdras la boule… Bon, je vous laisse, je vais me refaire!

P1211558 

 

P1241617Après avoir touché du doigt les cimes de la fortune, nous nous sommes dirigés vers le Séquoias Park, en Californie, pour aller admirer les plus gros arbres du monde. Et oui, c’est comme ça l’Amérique, ici tout est « big ».

USA 0022Un séquoia, c’est un résineux genre cyprès, mais… très très grand ! Un arbre de plusieurs millier d’année frôle les 100 mètres de haut. Couché dans un stade, il rentre à peine. Le General Sherman, le plus grand, fait 92 mètres pour 11 mètres de diamètre et a plus de 3000 ans. Un contemporain des pyramides d’Egypte et qui avait déjà mille ans lorsque Jésus prêchait la bonne parole.

La neige nous a un peu contrariés pour admirer les vénérables centenaires, mais cela a aussi renforcé les contrastes entre la terre et le ciel où les arbres se dressent telles d’immenses passerelles.

 

 

USA 0097Ludovic est urbaniste et c’est piaffant de joie qu’il a accueillie notre nouvelle étape, San Francisco. Quel urbanisme en effet. La ville est posé sur plusieurs collines abruptes, mais les rues sont taillées au cordeau et grimpent et descendent contre toute raison, à travers la cité. Il subsiste même un tramway à câble, seul moyen à l’époque de la création de la ville pour faire circuler les transports en commun. Autre particularité, le réseau de tramway électrique constitué uniquement de rames anciennes ayant servies naguère dans d’autres villes et remises en état pour l’occasion. Au delà des rues abruptes et de l’atmosphère surannée de la ville, mi vielle mi moderne, on est frappé par la multitude de couleur dont se parent les façades des maisons à Bow Window, si typiques. Ce n’est pas pour rien qu’une série américaine des années 70 s’est appelée « Les rue de San Francisco » tant celles-ci sont reconnaissables entre mille. P1261643Ajoutez a cela le Golden Gate Bridge, le fameux pont qui enjambe la baie, et vous avez probablement là l’une des villes les plus remarquables du monde.

 

 

Dernière étape, la route côtière entre San Francisco et Los Angeles. C’est une très belle route sinueuse le long de l’océan Pacifique, sur une côte déchirée et souvent abrupte et qui passe parfois à travers d’épaisses forêts de résineux. Nous avons fait étape à San Luis Obispo, petite ville tranquille mais néanmoins très animée. L’occasion de nous confronter une fois de plus au billard avec Ludo, en buvant quelques Budweiser. Et de nous rappeler la route aussi, sur laquelle nous avons fait une étonnante rencontre.

Alors que nous roulions en fin d’après midi, à environ 50 miles au nord de San Luis Obispo, nous avons remarqué sur la plage des formes qui ressemblaient à des otaries. Ludo n’en ayant jamais vu et moi-même étant toujours friand de bêtes à fourrure, nous nous sommes arrêté. Et là surprise, il ne s’agissait pas d’otaries, mais d’énormes éléphants de mer. USA 0172Faut voir les bestioles, les plus gros males pouvant atteindre les 5 mètres pour 3 tonnes ! Toutes une colonie sous nos yeux ébahis, soit une bonne centaine d’individus sur cette plage.

Les femelles se regroupent entre elles sous la protection intéressée d’un male dominant. Il en est là car il sera sorti vainqueur d’un des violents combats que se livrent les mâles pour le contrôle de femelles. Jusqu’à 10 femelles autour d’un male, je vous laisse juge de l’importance de l’enjeu. Les perdants, qui se retrouvent tout seul sur un bout de plage, continuent à se mettre sur la gueule, sans doute pour rester chauds pour la saison suivante ou pour aller affronter un male dominant et lui piquer ses femelles. Mais certains sont si impressionnants qu’il vaut mieux attendre qu’ils partent à la pêche, avis de poids léger…

 

Après San Luis Obispo, c’est sans joie que nous avons regagné Los Angeles et Marina Hostel sur Venice Beach. Juste une nuit avant le départ, samedi matin, de mon frère pour la France.

 

 

P1221567Et voilà, je raccompagne Ludo à son avion, fini les Etats-Unis pour lui. C’était vraiment un super moment, ces 3 semaines que nous avons passé ensemble. Et l’Ouest des Etats-Unis, ça vaut vraiment le coup. Pas une semaine sans en prendre plein les yeux, un coût acceptable et des autochtones globalement très sympas.

 

De mon côté, je prends l’avion lundi pour atterrir à Mexico City. Je vais probablement m’éterniser là en attendant le 10 février et l’arrivée de mon pote Dave sur la ville.

Par Arnaud Bastid
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /Jan /2010 05:07

P1081304Changement de décors lors de mon arrivée à Los Angeles. Fini l’hémisphère sud et ses petites  iles tropicales, place à la grande ville et aux rigueurs de l’hiver de l’hémisphère nord. Pas qu’il fasse si froid en Californie, mais le soleil est bas comme en hiver et la lumière rasante change considérablement l’atmosphère par rapport à celle, haute et éclatante, des Fidji.

 

Je pense à tout cela en attendant l’arrivée de Ludovic qui me rejoint bientôt en Californie où nous allons passer 3 semaines ensemble. Au programme, le triangle Los Angeles, Las Vegas, San Francisco et les étonnants paysages alentour. Désert Mojave, Grand Canyon et forêt de séquoias géants devraient nous en mettre plein les yeux.

 

J’ai loué une voiture, une Mazda 3 automatique, et nous partons dès le lendemain de l’arrivée de mon frère en direction du Grand Canyon. Nous serons simplement allés faire un tour sur Hollywood Boulevard histoire de profiter un peu de Los Angeles et de ses kilomètres de rues droites et interminables, pareilles les unes aux autres.

 

Sortir de la ville, voilà ce que nous devons faire. Trois heures de route pour s’extirper de l’agglomération tentaculaire de Los Angeles. Enfin les contreforts montagneux de San Bernardino. Nous grimpons après avoir fait une halte à Highland. Le paysage change et nous arrivons rapidement à des stations de ski. Il y a de la neige. On est dimanche et les familles se pressent pour faire de la luge ou du ski. Les maisons et la nature rappellent ce que l’on peut trouver au Canada. De petits lacs et des constructions de bois invitent l’esprit à vagabonder dans ces lointaines contrées nordique.


P1111319Et puis soudain, c’est la descente, vertigineuse, vers le désert Mojave. Changement de décors encore, les pins laissant la place aux yuccas et la verdure à la caillasse. Arrivés dans une pleine aride, tout excités, nous décidons de faire un bout de piste à travers le désert.

Ludovic et Arnaud se transforme en Tic et Tac, les deux écureuils facétieux et un peu crétins de Walt Disney. Un peu crétin il faut l’être pour s’engager sur une piste en plein désert avec une voiture aussi basse que la notre. La piste que nous empruntons, bonne au départ, se transforme bien vite en enfer caillouteux. Mais Tic et Tac, crétins qu’ils sont, ne renoncent pas. Plutôt que de faire demi-tour, ils commencent à déblayer le terrain des plus grosses pierres et continuent leur lente progression à travers le désert. Il fait sec et chaud. Pas d’arbre, seuls quelques buissons rappellent que la vie s’accroche encore un peu dans ces paysages arides, tourmentés et inhospitaliers. On avance, on s’arrête, on déblaie. Je commence à m’inquiéter pour le véhicule, le châssis ou le spolier touchant régulièrement le sol. Une heure que nous roulons et pas âme qui vive dans le secteur. Ludo est aux anges, il affronte le désert pour la première fois. De mon côté, je crains la crevaison, ou au pire, de casser quelque chose sur le train avant. La progression se fait de plus en plus difficile, des oueds asséchés nous barrant régulièrement la voie de leurs profondes ornières.

J’ai l’habitude à présent de rouler sur piste, mais il me faut faire preuve d’une dextérité particulière pour faire passer le véhicule. On s’arrête souvent, pour prendre des photos et souffler un peu, tant les arrêts/remises en état de la piste nous fatiguent. J’ai mal au dos à présent. Tenir le volant et me redresser contre le pare-brise pour voir au mieux le sol qui nous fait face et éviter les plus grosses pierres, est épuisant. Mais on ne s’inquiète pas trop, ce n’est pas le genre de la maison. On avance, il trop tard pour faire demi-tour. On avance depuis 3 heures à présent lorsqu’une montée vertigineuse nous fait face. Je crains le pire et le pire arrive. Caillasse et pente viennent à bout de la motricité de notre pauvre Mazda et on reste bloqué à mi pente, les roues avant qui patinent sans espoir, lacérant les pneus et les nerfs. Marche arrière, il n’y a que ça à faire.

En bas de la montée impossible se trouve une piste de contournement en fort mauvais état et elle aussi pentue. Craignant d’être bloqué à nouveau, j’opte pour le passage en force, avec élan. Respiration, c’est parti. D’énormes rochers nous barrent la route, je reste accéléré, faut que ça passe. Ça patine, ça secoue, les projections de pierres dans les bas de caisse font un bruit effroyable. Je crains vraiment de tout casser sur la voiture. Pourvu que ce soit la dernière montée de ce type sans quoi je ne donne pas cher de l’intégrité de la bagnole. Et de la notre, perdu que nous somme dans le désert Mojave. Le haut de la colline qui contrarie notre progression arrive enfin, c’est passé. Et comble de joie, nous apercevons au loin une petite ville. Au pire, si nous connaissons un ennui mécanique majeur, nous pourrons y aller à pied. Par chance, les parties difficiles de la piste sont à présent en descente et nous progressons régulièrement pour enfin arriver sur la Hightway 40. On souffle un peu et constatons les dégâts. La peinture du spolier à souffert, mais cela semble être le seul dommage visible sur la voiture. Un coup de marqueur noir fera l’affaire pour rendre la caisse au loueur dans un état présentable.

 

Pour notre première sortie hors piste, on a fait fort. Je crois que de tout le voyage, Australie incluse, c’est la première fois que je me retrouve sur une piste aussi difficile par rapport au véhicule qui l’emprunte. Mais Tic et Tac sont content, ils rigolent de leur bêtise vaguement inconsciente et se félicitent de la prochaine bière qu’ils vont prendre ce soir. Ils se remémoreront les trois graviers et le bout de garrigue qu’ils viennent de traverser (les doigts dans le nez…).

 

P1121322Pourquoi emprunter l’autoroute alors que nous pouvons emprunter à présent la fameuse route 66, qui traverse les Etats-Unis d’Est en Ouest. Elle est en mauvaise état par endroit, ce qui renforce le côté pittoresque de la ballade. On traverse comme cela des bleds improbables où seule la station service rappelle qu’il y a encore quelques humains qui s’accrochent à la vie par ici. Il se fait tard et nous faisons un arrêt au premier motel que nous trouvons en entrant dans la ville de Needles.

 

Comme son nom l’indique, à Needles il n’y a rien et nous poursuivons notre route dès le lendemain matin. On reprend la 66 pour traverser un massif montagneux. C’est vraiment le Far West par ici et les petites villes traversées, toutes faites de bois déteins par le soleil, sont peuplées d’autochtones portant chapeau de cow-boys. Quelques mines d’or, de-ci delà, rappellent que la légende est bien vivante.

 

Après plusieurs centaines de kilomètres, nous arrivons enfin à Flagstaff, petite ville de montagne où nous allons nous établir pour quelques jours afin d’aller visiter le Grand Canyon, tout proche.

 

Le Grand Canyon. Le Grand Canyon… si t’y vas pas, tu peux pas comprendre ! Rendez-vous compte, 13 km de large sur 2 km de profondeur et des dizaines de kilomètres de longueur, une roche ocre-rouge, un peu de neige au sol pour accentuer le contraste avec le ciel bleu, c’est tout simplement indescriptible. Tant de hauteur et de profondeur sous les yeux, cela donne le vertige. Et quel cadre pour un piquenique franchouillard à base de foie gras et d’un petit vin du Languedoc. Enorme vous dis-je ! On se sent si petit et si grand à la fois de découvrir un tel spectacle. Vraiment, le Grand Canyon, c’est à voir.

P1131363 

Plus inattendu, la ville de Sedona, à quelque 40 km de Flagstaff, notre base arrière.

 

Le Grand Canyon, avec Ludo, on s’y entendait un peu, on avait même prévu les mets qui vont bien pour profiter de la grandeur du lieu. Mais Sedona, on ne savait pas, ce n’était pas prévu. On y est allé un peu par hasard parce qu’on a vu une jolie photo sur un poster de la Guesthouse dans laquelle nous nous étions posés. On est ainsi passé d’un paysage de montagne, froid et neigeux à un paysage de désert rouge et grandiose. Et tout ça en a peine une heure de route. Sedona, c’est l’endroit où ont été tournés de nombreux westerns, à la grande époque de John Wayne. Imaginez de grandes collines ocre, taillée dans la roche comme si un designer en avait décidé la forme, afin que celle-ci soit la plus impressionnante possible. Comme si ce décor était pour de vrai un décor de cinéma, posé là tout exprès pour vous agrandir les yeux. Quelques arbres plantés exprès de ci delà, pour faire joli, une petite rivière artificielle, tout y est. C’est si beau et harmonieux que l’on en croirait presque que ce paysage est artificiel. Et de la ville de Sedona, résidentielle si il en est et assurément Upper Class, l’on peut voir ce décor merveilleux. Falaises de dégradé rouge orangé, monticules géants hérissés de cheminées rouges, tout est magnifique. Et si John déboulait tout à coup sur son cheval au détour d’un sentier ?

P1141419 

Trois jours depuis notre départ de Los Angeles, trois jours d’émerveillement et de paysage grandioses.

 

Avant de partir sur Las Vegas, notre prochaine étape majeure et bien connue, nous optons pour un passage par la Monuments Valley, située à environ 150 miles de Flagstaff.

 

Là encore, le spectacle est difficilement descriptible. Monument Valley est une plaine désertique où des collines à la forme incroyablement particulières se hérissent pour occuper l’immense espace où rien, absolument rien, ne vient perturber l’ordonnancement de la nature. Ces collines, si l’on peut dire, sont en fait d’immenses cylindres de roche rouge, plats à leur sommet et hérissés de sorte de cheminées fines et graciles. A nouveau, ciel bleu et neige au sol avivent les contrastes et participe à donner le vertige au visiteur. Une sorte d’immensité ordonnée, voilà à quoi l’on pense lorsque on se trouve au milieu de ces extraordinaires formes verticales et comme posées, telles d’énormes chandelles en fin de vie, sur une plaine désolée.

P1151477 

Nous voilà à présent à Page, dans l’Arizona, à quelque kilomètre de la frontière de L’Utah. Page, c’est plutôt tranquille, en hiver en tout cas. En été, les quelques 8000 habitant permanents jouent des coudes avec les touristes qui viennent profiter du lac Powel, tout proche. En hiver donc, ça ne se bouscule pas trop. Pourtant, nous avons rapidement trouvé les coins sympas où jouer au billard en buvant des Budweiser. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les autochtones sont plutôt accueillants. Toujours sympas avec nous, les WASP comme les Navajos, nombreux en leur fief.

 

P1181516A Page, il y a quand même des choses à voir et nous avons souscris à une visite de l’Antelop Canyon.

Il s’agit d’une veine d’environ 3 km à travers le sable fossilisé et profonde d’environ 20 mètres. Une fois de plus, mais cela devient une habitude, le spectacle est étonnant. Les différentes couches de sables produisent une multitude de couleurs et l’érosion due au vent et à l’eau, des formes arrondies surréalistes. On se croit dans un autre monde, un monde intérieur. Par endroits, le soleil pénètre jusqu’au sol, produisant un faisceau de lumière jaune et éblouissante. De temps en temps, un tronc d’arbre coincé dans la paroi, rappelle que cette veine, asséchée sous nos pieds, peut très rapidement se remplir d’eau en cas de forte pluie. En 1997, un groupe de touriste d’une vingtaine de personne à perdu là vie dans le Canyon suite à une brusque inondation…

 

Demain, nous partons de bonne heure pour Las Vegas. Tic et Tac vont pouvoir dépenser toutes leurs noisettes et assurément, devenir riche !
Par Arnaud Bastid
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /Jan /2010 21:14

Cet article, j’ai bien failli ne pas vous l’écrire… La faute à une panne d’ordinateur, énième tuile de cette fin d'année 2009, début 2010.

 

Tout a commencé à Auckland, le 12 décembre. Alors que je voulais retirer quelques dollars au distributeur le plus proche, ma carte a été avalée par la machine. Le distributeur de la Westpack ne me l’a pas rendu en fait, bipant pour que je la reprenne, mais ne me la rendant pas. Je fonce alors dans l’agence attenante et me plains au commis de service de cet incident. Tout sourire, le poupin chinois qui me reçoit, ceint de sa jolie cravate réglementaire et nanti de son petit badge nominatif, Tommy donc, m’informe que ce n’est pas possible car ma carte vient d’être détruite. So what, ma carte est destroyed ?! Il me tend un formulaire et m’explique que si je suis client de la banque, ils peuvent m’en donner une provisoire, sinon, sorry, carte is destroyed, impossible de faire something. Je lui explique mon cas, qu’il s’agit d’une carte internationale française et que c’est mon voyage qui est détruit et qu’il doit faire en sorte que ma carte me soit restituée right now. Impossible, card is destroyed qu’il me répond. Là, je me fâche tout rouge et lui explique que je vais aller au poste de police le plus proche et porter plainte pour détournement de carte bleue, non-assistance à voyageur en danger et incitation à la haine bancaire. En substance, j’ajoute que je sais parfaitement que ma carte est intacte dans la machine, le sachant pour avoir moi-même travaillé dans une agence bancaire. Que son histoire de carte détruite, c’est du flan, et qu’aucun nain malicieux ne se trouve dans la machine, une paire de ciseaux à la main, prêt à détruire MA carte bleue. Le scandale fait effet, et alors que d’autres clients se pressent dans l’agence suite à la même mésaventure, une responsable fait ouvrir la machine. On me restitue ma carte, non sans que je dusse retourner à ma Guesthouse récupérer mon passeport et décliner mon identité en bonne et due forme.

L’affaire aura pris une demi-heure tout au plus, mais j’ai bien flippé de me retrouver sans carte bleue à 2 jours de mon départ pour Nouméa.

 

Ensuite, il y a eut l’événement cyclonique et la désastreuse prise en charge d’Air Calin, la pseudo compagnie aérienne néo-calédonienne (voir l’article précédent).

 

PC231225Après l’aléa bancaire et l’événement climatico-aérien, c’est mon appareil photo qui a pris l’eau alors que je faisais de la plongée aux Fidji. Je me permets de vous indiquer que mon appareil photo est étanche jusqu’à - 10 mètres et que j’ai plongé des dizaines de fois avec sans connaître le moindre pépin. Las, alors que je venais de réussir les premiers clichés d’un requin de récif, l’appareil me lâche. Ecran noir, puis plus rien.

Je retourne au Yau Kolo, le camping près de Savusavu où j’ai posé ma carcasse et entreprends de sécher mon appareil sans grande conviction. L’eau de mer, ça attaque. Je l’ouvre, le place au soleil, mets la batterie en charge et vais prendre une bière. Une heure plus tard, charge effectuée, l’appareil reprend vie. Là encore, rien de grave, mais assez pour me laisser imaginer que mon appareil photo était grillé et que j’allais devoir faire sans, pour les 3 derniers mois de mon voyage.

 

Et enfin, pour couronner le tout, c’est mon ordinateur qui se met à faire des siennes. Nous sommes le 4 janvier et j’en suis à mon quatrième problème technique en moins d’un mois, ceci alors que je n’ai rien connu de tel jusque là, en 9 mois d’itinérance.

 

PC241236Mon ThinkPad donc, ne démarre plus. Il essaie, allume ses voyants quelques secondes, puis retombe dans les ténèbres électroniques. Je sors le disque dur, le remets. Ça ne marche pas. Les barrettes de mémoire ? Ce n’est pas ça. J’entreprends de démonter la bête avec mon modeste outillage, mais une vis me résiste. La dernière…, c’est toujours la dernière vis qui résiste et empêche le démontage total. Je remets les vis et commence à le secouer un peu, des fois qu’un contact contacte mal et reconnecte sous le choc. Rien. Ordinateur cassé pour ordinateur cassé, je décide de le laisser tomber d’assez haut sur la table. Le choc toujours… et toujours rien. Chocs dessus, chocs dessous, et même chocs sur les côtés, rien n’y fait. Mon ordi est kaput, les données qui vont avec aussi, ainsi que mon billet électronique que l’on risque de me demander à l’embarquement pour les Etats-Unis. Et l’embarquement, c’est demain, et là où je suis, il n’y a évidement pas l’ombre d’une connexion Internet ni d’une imprimante qui va bien pour imprimer le dit billet. Fait chier. Je me vois en train d’arpenter la petite ville de Los Angeles en quête d’un réparateur, je me vois faire en sorte de rapatrier la machine en France pour au moins sauver les données du disque dur, je me vois courir partout dans l’aéroport de Nadi (Fidji) pour trouver Internet et une imprimante, je me vois galérer pour écrire les prochains articles, je me vois… Et tiens, je me vois en train de mettre mon appareil photo au soleil pour lui redonner vie. Et si mon ordinateur souffrait simplement de l’humidité ambiante. Il a beaucoup plu ces derniers temps et l’air est devenu très humide. Mon ordinateur est peut-être tout simplement enrhumé.

P1031298On imagine de ces trucs dans les moments de grands désarrois, que l’on en vient à prendre les objets pour des personnes. Au point où j’en suis de toutes façons, je ne risque rien à essayer. Je place mon ami moribond en plein soleil sur la terrasse, écran déployé et m’en vais fumer une cigarette à l’ombre, en lisant un Cosmo. Un quart d’heure plus tard, le vif soleil fidjien à fait son office et mon ordinateur est brulant. J’appuis sur le bouton « ON », je n’y crois pas, bien entendu. Mais miracle d’entre les miracles, Babel s’ébroue à nouveau (Babel, c’est le nom de l’ordi, les objets ont une âme vous dis-je !). Tout bien, comme si de rien n’était, il reprend ses couleurs habituelles. Il ne me tient même pas rigueur des chocs administrés - pour son bien -  et me présente son écran coloré et la pleine possession de ses fonctions. Je n’en reviens pas. Là encore, l’événement a dû durer à peine deux heures, mais bien assez pour me faire voir les choses en noir.

 

 

Cela fait déjà deux pages que je vous serine avec mes petits soucis techniques et vous devez vous demander pourquoi je ne vous parle pas plutôt des belles plages des Fidji, et de toutes les belles rencontres que j’ai pu faire dans ce pays. C’est que voyez-vous, mes petits objets familiers sont tout ce que j’ai avec moi. Ils me permettent de voyager et me relient au monde, à vous. Ils me permettent d’avancer, la carte bleue surtout, et souscrivent à garder une trace de mon voyage et à le faire partager. A quoi bon avoir la chance de vivre une telle aventure, si ce n’est pour la faire vivre à celles et ceux qui me sont chers.

 

 

Les Fidji n’ont heureusement pas été qu’une série de mésaventures, loin s’en faut.

 PC301263

PC301264Le pays est très beau, fait d’une myriade d’îles toutes plus enchanteresses les unes que les autres. Vous décrire toutes ces plages de sable blanc bordées de cocotiers prendrait des heures. Vous raconter la richesse de la nature, les milliers de fleurs aux couleurs chatoyantes, des pages. Surtout, les autochtones sont d’une gentillesse infinie et l’on se sent à l’aise où que l’on se trouve dans l’archipel.

 

Même Suva, la capitale, m’est apparue agréable. Peut-être est-ce dû au fait que je devais y retrouver Tara, l’amie perdue que j’avais rencontré au Cambodge il y a de cela près de 10 ans. On s’était perdus de vue peu après l’année 2003, suite à une de ces retrouvailles qui laissent un goût amer dans la bouche. Amer parce que ne correspondant pas aux attentes. Amer parce que célébrant le souvenir des plaisirs à jamais perdus. Quelle tristesse de finir sur une si mauvaise note alors qu’au final, les personnes restent ce qu’elles sont, seul les désirs changent. Quel dommage de s’être perdus de vue alors qu’au-delà de la déconvenue de notre dernière rencontre, Tara restait pour moi comme l’une des personnes les plus estimables de ce début de millénaire. Période romanesque qui me verra enchaîner les pays et les rencontres jusqu’à la saturation. Saturation qui me conduira, après une étape marocaine de trop longue durée, à me réinstaller en France pour tenter d’y construire une vie stable et bien comme il faut. Période qui s’est finie, je crois, à Paris début 2009. Paris où j’ai passé 5 années, longues et laborieuses, à inventer une vie qui de toutes évidences, n’est pas la mienne.

C’est cela qui m’a sauté au visage lorsque j’ai revu Tara.

 

PC231219Je l’avais prévenu de mon passage au Fidji deux semaines à l’avance, sans être sûr qu’elle s’y trouve encore, sans être sûr même, qu’elle se serve toujours de la même adresse email. Une bouteille à la mer en quelque sorte, envoyée par le fantôme d’un lointain passé khmer.

 

Et Tara me répond. Je suis à Nouméa lorsque je lis son email. Tout cela me paraît normal, dans l’ordre des choses de ce voyage. Tout est possible, le tapis volant mène là où l’on veut, toujours. Elle me répond qu’elle est ravie de me revoir, qu’elle a une famille à présent, un jeune garçon et une petite fille de 2 mois, mais qu’elle va trouver le temps pour que l’on se rencontre.

 

Et me voilà au Gloria Jean’s Café, à l’heure du déjeuner, en plein centre de Suva. Elle va arriver. Comment sera-t-elle ? Vais-je même la reconnaître ? Mais comment oublier son beau visage métissé, mélange d’Asie et d’Europe, son corps élancé et son doux sourire…

La voilà qui arrive, photo du passé. Identique dans la forme et l’expression, à la personne que j’avais connu jadis. Son mari la suit. Je le connais pour avoir bu un whisky chez lui, il y a si longtemps. Elle tient son enfant en bandoulière. On s’étreint.

Mon tapis volant est fait de velours.

 

PC261242Nous nous reverrons chaque journée avec Tara, durant les trois jours que je passerai à Suva. Discussions, sérieuses ou désinvoltes sur nos vies et les 6 années passées sans nous donner de nouvelles. A croire que le contact ne s’était jamais rompu entre nous tant ces demi-journées se sont passées avec une fluidité et une proximité d’esprit étonnante.

 

 

Le fait de revoir Tara me rendait heureux à double titre. D’une part, cela lavait comme un affront fait à nous-mêmes de nous être quittés et d’avoir rompu le contact, alors que finalement, nous ne le méritions pas. L’amitié issue des rencontres rares survie à tout, même à l’échec.

L’échec est pareil à la peur. Il est là et nous accompagne durant toute notre vie, surgissant lorsqu’on ne l’attend pas ou s’éloignant contre toute attente. Il n’y a pas de vie sans échec, pas de vie sans peur. Nier l’un ou l’autre reviens à ce nier soit même. Il faut voir les choses en face, les apprécier, jouer avec et en rire pour enfin passer outre. Et passer outre, ce n’est pas tourner la tête et oublier. Passer outre, c’est observer, accepter et connaître, se connaître soi-même et se sentir grandi de toute expérience.

 

Par ailleurs, le fait de revoir Tara m’a fait opérer comme une sorte de boucle, un retour sur moi-même. Les ennuis (autres que techniques…), les regrets m’ont quitté dès lors que je l’ai  revue. J’ai eu la sensation très nette d’échapper aux griffes du souvenir et de redevenir moi-même. Celui que j’étais il a encore quelques années, être romanesque, toujours près à aller de l’avant pour accomplir ses rêves et plus surement, son destin.

 

PC291254Du coup en ce moment, je me demande : « Et si on te proposait un truc bien différent, l’accepterais-tu ? ». Bonne question.

La dernière fois que l’on m’a proposé « un truc bien différent », c’était justement en novembre 2000, lorsque le père de Soul’, qui vivait au Cambodge, m’indiqua qu’il pouvait faire passer ma candidature au patron d’une grosse boite française installée à Phnom Penh. C’était une opportunité sans garantie de succès, mais une opportunité tout de même et que j’ai saisie. Et cela a marché. Et j’ai rencontré Tara.

 

Alors, si on me proposait un truc du même genre, un peu exotique et sans garantie de succès, que devrais-je faire ? Boucler définitivement la boucle ou bien attendre encore un peu… ?

 

 

J’ai quelques mois pour y réfléchir et en parler, notamment avec mon frangin Ludo. Il me rejoint le 8 janvier à Los Angeles. J’ai hâte de le revoir. A nous San Francisco, Las Vegas et le Grand Canyon !

 

 

Je vous souhaite une excellente année 2010.
Par Arnaud Bastid
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires

Présentation

Recherche

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés